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	<title>Un point de vue sur le Net</title>
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	<description>Philosophie de l&#039;Internet et des réseaux sociaux &#124; par David-Fitzgerald Prud&#039;homme</description>
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		<title>Steve Jobs, simple industriel talentueux ou génie de notre époque ?</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Oct 2011 09:40:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ça pourrait être une question à 300 milliards de dollars, mais c'est un peu plus que cela. Il ne s'agit pas seulement de l'avenir de la marque à la pomme, il s'agit de notre capacité à comprendre notre époque et à reconnaître ses grandes figures. Que retiendrons-nous de Steve Jobs ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Ça pourrait être une question à 300 milliards de dollars, mais c&#8217;est un peu plus que cela. Il ne s&#8217;agit pas seulement de l&#8217;avenir de la marque à la pomme, il s&#8217;agit de notre capacité à comprendre notre époque et à reconnaître ses grandes figures. Que retiendrons-nous de Steve Jobs ?</h4>
<p>La disparition de Steve Jobs a été l&#8217;occasion de très nombreux hommages de la part de célébrités et d&#8217;anonymes sincèrement attristés. Des hommages si nombreux que certains journaux lui ont consacré leur Une tout en posant cette question : pouvons-nous dire que Steve Jobs était un génie ? (<a href="http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/10/07/pourquoi-une-telle-tristesse-apres-la-mort-de-steve-jobs_1584203_651865.html#ens_id=1581777" target="_blank">Article du Monde</a>, ouverture du papier principal de Libération)</p>
<p><a href="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2011/10/steve_jobs_black2.png"><img class="alignleft size-full wp-image-300" title="steve_jobs_black2" src="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2011/10/steve_jobs_black2.png" alt="" width="322" height="250" /></a>Bien sûr, nous dit Libération en accroche du papier d&#8217;ouverture de son numéro du 7 octobre 2011, Steve Jobs n&#8217;était pas un génie comme l&#8217;ont été Leonard de Vinci ou Albert Einstein. Dans les <a href="http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/10/07/pourquoi-une-telle-tristesse-apres-la-mort-de-steve-jobs_1584203_651865.html#ens_id=1581777" target="_blank">colonnes du Monde</a>, le sociologue Michel Dubois précise même que ceux qui oseraient la comparaison avec de telles figures sont en plein délire. Tout au plus un génie industriel comme des tas d&#8217;autres… Alors, Steve Jobs, vrai génie ou simple entrepreneur plus doué que la moyenne ?</p>
<p>Steve Jobs est le créateur d&#8217;objets technologiques qui sont quotidiennement utilisés par des centaines de millions de gens. Il incarne ces objets, et beaucoup croient voir la patte de Jobs dans ces objets, un quelque chose de spécial que n&#8217;importe qui ne saurait reproduire. Les analystes financiers se posent la même question : quel est l&#8217;avenir financier d&#8217;Apple sans Steve Jobs ?</p>
<h3>Le génie est une figure récente dans l&#8217;histoire des techniques</h3>
<p>Peut-on alors poser que le cas Steve Jobs serait comparable à celui de Stradivarius ou de Benvenuto Cellini. Une fois disparus, personne, même les meilleurs artisans de leur atelier ne fut capable de reproduire la même qualité d&#8217;objet. Comme l&#8217;explique Richard Sennett (<em>Ce que sait la main, la culture de l&#8217;artisanat</em>, Albin Michel, 2010), ce qui fait un bon artisan, un maître en son domaine, s&#8217;exprime dans sa capacité à reproduire l&#8217;excellence de son art. Un bon artisan peut prétendre devenir maître de l&#8217;atelier. Sauf quand le maître a atteint une maîtrise telle qu&#8217;il n&#8217;a pas été possible de la transmettre aux compagnons. C&#8217;est là que la figure du génie apparaît dans l&#8217;histoire moderne, quand il n&#8217;est plus possible d&#8217;imiter le maître, de parvenir au même niveau d&#8217;excellence…</p>
<p>Ainsi Antonio Stradivari, dit Stradivarius, ou le sculpteur et orfèvre Benvenuto Cellini marquent tous deux une rupture durant la Renaissance dans la tradition des grands ateliers artisanaux. Un bon ouvrier apprendra de son maître comment exécuter les bonnes règles pour devenir un compagnon puis réalisera son &laquo;&nbsp;chef d’œuvre&nbsp;&raquo;, synthèse de la maîtrise de son art et deviendra enfin un maître. L&#8217;atelier est une structure sociale et morale à travers laquelle l&#8217;individu en se conformant aux bonnes règles est éligible à l&#8217;excellence. Le génie rompt cette structure en plaçant l&#8217;individu singulier au-delà de la reproduction. Son génie est celui d&#8217;une époque, d&#8217;un temps donné, on ne pourra jamais le reproduire ou l&#8217;égaler. La singularité du génie signifie qu&#8217;il existe un individu qui n&#8217;est justement pas &laquo;&nbsp;n&#8217;importe qui&nbsp;&raquo;. Il ne pourra pas être remplacé, sauf peut-être à lui substituer une autre figure dans un autre art.</p>
<h3>Pas ou peu de place pour les génies à la tête des entreprises d&#8217;aujourd&#8217;hui</h3>
<p>Inutile donc d&#8217;invoquer les figures de Vinci ou d&#8217;Einstein. Invoquons plutôt <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurt_Gödel">Kurt Gödel</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alan_Turing" target="_blank">Alan Turing</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Von_Neumann" target="_blank">John Von Neumann</a> ou <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Norbert_Wiener" target="_blank">Norbert Wiener</a>, figures géniales du vingtième siècle scientifique et technologique ? Poser que Steve Jobs fut un génie implique deux choses : qu&#8217;on regarde son œuvre (prenons le mot au sens étymologique premier : travail (<em>opera</em>)) et qu&#8217;on la juge dans son époque, i.e. au regard des règles artisanales en vigueur. Ainsi, nous devons juger du génie de Steve Jobs relativement à l&#8217;ensemble des contraintes d&#8217;aujourd&#8217;hui. La difficulté de cette analyse est que le système de contraintes en vigueur recouvre des dimensions complètement hétérogènes :<br />
- Un état des techniques complexe mettant en jeu de la recherche fondamentale (les processeurs de nos ordinateurs évoluent à coup de percées dans les labos, par exemple), de multiples standards de communication plus ou moins universels, parfois sous licence privée, parfois limités aux frontières d&#8217;un seul pays.<br />
- Un marché mondial dans lequel 1% de parts de marché se chiffre à 30 ou 40 millions de pièces vendues, dans lequel donc les questions de volume de production sont en soi une barrière à l&#8217;entrée. Pas de place pour les prototypes. L&#8217;une des conséquences est que personne ne maîtrise toute la chaîne de production et qu&#8217;il faut disposer de 10 ou 20 000 employés dont un bon tiers d&#8217;ingénieurs pour être en mesure de bouleverser un marché.<br />
- Des pratiques économiques alliant à la fois l&#8217;idéal du marché ouvert libéral et des formes très résistantes de protectionismes national, voire d&#8217;oligopoles littéralement néophobes (je pense au marché des télécoms, mais également à la main-mise de certains éditeurs sur le marché de l&#8217;informatique d&#8217;entreprise).<br />
- Enfin, plus généralement, une révolution des usages des outils de communication dont par définition il est difficile de prédire ce qui marchera demain. Les échecs sont beaucoup plus nombreux que les réussites et le succès n&#8217;est pas modélisable.<br />
Ces éléments (et il ne s&#8217;agit là que d&#8217;une simplification évocatrice), à mon sens, font qu&#8217;il est beaucoup plus difficile aujourd&#8217;hui de réaliser un produit exceptionnel que sur le marché de la fabrication de violons alto durant la Renaissance. Les variables que doit gérer un chef d&#8217;atelier d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8211; un patron de grande entreprise &#8211; sont tellement complexes qu&#8217;il est rare qu&#8217;il soit capable de faire davantage que de rassembler autour d&#8217;une table un bon directeur financier avec le bon responsable du marketing, directeur des ventes, responsable R&amp;D, etc…</p>
<p>Steve Jobs est pourtant parvenu à stimuler et accompagner la création de produits que le marché a adopté comme des basiques, des standards, des produits d&#8217;usage courant, des produits s&#8217;adressant à tous, sans l&#8217;aide d&#8217;une expertise particulière. La trivialité des usages des produits d&#8217;Apple révèle leur caractère exceptionnel tout en occultant l&#8217;incroyable complexité dont ils résultent. Je voudrais essayer de donner quelques exemples de ce paradoxe. Ces exemples ont une valeur au-delà du cas Apple/Steve Jobs dans le sens où c&#8217;est de notre époque dont il est question. Une époque où, comme durant la Renaissance, la place de l&#8217;homme fait l&#8217;objet d&#8217;une révolution dans toutes ses dimensions.</p>
<h3>Une révolution (im)pose des questions, les révolutionnaires proposent des réponses&#8230;</h3>
<p><strong>&#8230; Et les usagers en disposent.</strong> Les outils de communication que sont les ordinateurs, les téléphones et leurs dérivés, sont au cœur d&#8217;une révolution dont les enjeux nous échappent encore largement. Un simple regard sur l&#8217;histoire de l&#8217;informatique et des télécommunications des 60 dernières années nous montre que l&#8217;enjeu principal de cette révolution réside dans l&#8217;amélioration des capacités des hommes à partager des connaissances. Le moins que l&#8217;on puisse constater est que cette révolution n&#8217;a rien de linéaire. Selon que l&#8217;on se penche sur la productivité dans telle entreprise du secteur tertiaire ou sur les machines outils de telle usine, ou bien encore dans tel domaine de la science, le résultat peut être affreusement négatif ou très positif. Si l&#8217;on ne borne pas l&#8217;analyse à la seule mesure des gains de productivité mais que l&#8217;on cherche également à mesurer ce que les individus peuvent y gagner en termes de liberté de penser ou d&#8217;action, le résultat peut apparaître comme singulièrement mitigé (voir par exemple le propos de Brian Arthur dans le dernier <a href="http://www.mckinseyquarterly.com/The_second_economy_2853" target="_blank">McKinsey Quaterly</a>, résumé ici dans <a href="http://www.internetactu.net/2011/10/19/la-deuxieme-economie/" target="_blank">InternetActu</a>). En bref, nous demeurons à l&#8217;aube d&#8217;une révolution de la connaissance où beaucoup de problèmes ne sont même pas encore correctement posés.</p>
<p>Le premier mérite de Steve Jobs est d&#8217;avoir posé correctement quelques uns des problèmes de cette révolution et de leur apporter une réponse consistante. Le premier des problèmes auxquels il s&#8217;est attaqué est celui de l&#8217;interface. Élément clef de l&#8217;ordinateur, l&#8217;interface permet aux humains d&#8217;entrer des données dans les programmes et d&#8217;en retirer le produit. Pendant de nombreuses années &#8211; en gros entre 1968 (époque de la commercialisation des gros calculateurs d&#8217;IBM et 1984 avec l&#8217;apparition du premier Macintosh &#8211; l&#8217;interface principale se composait d&#8217;un clavier et d&#8217;un écran bicolore et l&#8217;essentiel des entrées-sorties étaient réservées à des programmeurs. L&#8217;Apple II puis le Macintosh étaient non seulement financièrement accessibles (quoique chers) pour le grand public, mais en plus ils proposaient une interface que tout un chacun pouvait intuitivement maîtriser. En ce sens le Macintosh recouvre l&#8217;essentiel des propriétés imaginées par <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vannevar_Bush" target="_blank">Vannevar Bush</a> 40 ans auparavant dans le Memex (<a href="http://www.theatlantic.com/magazine/archive/1945/07/as-we-may-think/3881/" target="_blank">As We May Think</a>, Atlantic Monthly, juillet 1945). Lesquelles propriétés devaient faire de la machine informatique l&#8217;outil susceptible de répondre à la problématique ainsi exprimée par le directeur scientifique de la recherche américaine dans la conclusion de son article : « L’homme a construit une civilisation si complexe qu’il doit mécaniser ses souvenirs s’il veut conduire son expérience à ses conclusions logiques et ne pas s’embourber en surchargeant sa mémoire limitée ». La réponse de Steve Jobs est pertinente dans la mesure où il met à la portée de chacun un outil susceptible d&#8217;enregistrer et de classer les fichiers qui participent à son travail ou à sa vie personnelle.</p>
<h3>Pour qu&#8217;ils s&#8217;imposent, les nouveaux usages doivent être simples</h3>
<p>Ce sera en partie la même histoire avec l&#8217;iMac de 1998. Et globalement, c&#8217;est la même réponse qui est apportée par Steve Jobs à travers la série des Macs jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui : ils doivent être faciles d&#8217;utilisation, souples en offrant le plus large spectre d&#8217;utilisations possibles et confortables du point de vue ergonomique pour rendre le travail le moins pénible possible, en un mot ils doivent offrir la meilleure &laquo;&nbsp;expérience utilisateur&nbsp;&raquo; (user experience).</p>
<p>Steve Jobs a par ailleurs toujours accordé une grande importance à l&#8217;accès au réseau. Celui n&#8217;existait pas encore en tant que World Wide Web que les Macintosh Classic de 1990 disposaient déjà d&#8217;une entrée pour le modem. Par la suite tous les Macs furent systématiquement équipées d&#8217;une prise Ethernet à l&#8217;instar des ordinateurs NeXT. Incidemment, il n&#8217;est peut-être pas anecdotique que Tim Berners-Lee ait, avec <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Cailliau" target="_blank">Robert Cailliau</a>, écrit les lignes de codes du premier navigateur sur une station NeXT en se réjouissant d&#8217;y trouver un logiciel de programmation objet expressément voulu par Steve Jobs.</p>
<h3>L&#8217;iPhone, œuvre d&#8217;un génie</h3>
<p>En 2006 et 2007, quand Steve Jobs se penche sur la question du téléphone, le marché des télécommunications est dominé par deux classes d&#8217;acteurs : les opérateurs mobiles et les fabricants de terminaux mobiles. Le marché est fermé aux nouveaux entrants. Et partout, à l&#8217;exception notable du Japon, le marché des télécommunications est quasi complètement étanche au marché informatique. La seule couche commune s&#8217;appelle IP. Et les opérateurs mettent un point d&#8217;honneur à limiter l&#8217;accès via les téléphones mobiles au protocole qui a littéralement chamboulé le marché des communications de données, absorbant même le marché dit de la voix (les communications sur téléphone fixe). Ces limitations sont essentiellement tarifaires, il faut débourser 10 € pour échanger 10 Mo de données via le téléphone mobile. Un tarif que pratiquaient les premiers fournisseurs d&#8217;accès 10 ans auparavant. Un tarif 100 fois plus élevé qu&#8217;un forfait ADSL (à 1€ le Mo, la consommation moyenne d&#8217;un abonné ADSL aurait été facturée entre 3 et 5 000 € par mois par un opérateur comme Orange ou SFR). Mais il y a également des limitations de pur design, il est difficilement concevable d&#8217;envisager une consultation régulière d&#8217;Internet à partir d&#8217;un terminal offrant un écran bicolore d&#8217;une définition inférieure à celle des écrans informatiques des années 70.</p>
<p>En introduisant l&#8217;iPhone, Steve Jobs a fait un énorme pari. Un pari qu&#8217;aucun maître d&#8217;atelier &#8211; ou CEO d&#8217;une grande entreprise informatique &#8211; n&#8217;a osé avant lui. Bouleverser un marché de plusieurs centaines de milliards d&#8217;euros en imposant de nouvelles règles. Pour réussir ce pari, il fallait que dans le même temps il règle les conflits avec les opérateurs, qu&#8217;il se fasse une place sur un marché dominé par un acteur, Nokia, qu&#8217;il trouve une solution de design non seulement originale mais répondant à une problématique d&#8217;usage inédite, qu&#8217;il invente un nouveau modèle économique pour valoriser une plateforme de contenus fermée. Sur le papier, n&#8217;importe quel investisseur qui a un peu de bouteille met le dossier à la poubelle au bout de trois pages. Les barrières sont trop hautes, les incertudes trop importantes, bref, il y a 99% de chances de se planter.</p>
<p>La réussite de l&#8217;iPhone, puis de l&#8217;iPod touch et de l&#8217;iPad, tient au fait que toutes les dimensions ont été considérées comme liées et non comme indépendantes les unes des autres. Un &laquo;&nbsp;<em>internet communication device</em>&nbsp;&raquo; se devait d&#8217;être connecté en permanence au réseau sur le mode <em>always on</em> sans surcoût d&#8217;usage ponctuel pour que ses fonctionnalités ne soient pas déceptives. Il devait aussi répondre à la diversité des usages possibles pour offrir d&#8217;une part une capacité de personnalisation conforme aux attentes liées à ce type d&#8217;objet, ce fut fait avec l&#8217;appstore. Enfin, il devait répondre à une contrainte majeure : que la diversité des usages n&#8217;entraîne pas une complexité d&#8217;usage. Ce qui fut fait avec un premier produit livré sans mode d&#8217;emploi, entièrement intuitif, valorisant au maximum les menus contextuels, des menus qui s&#8217;adaptent à chaque usage au strict minimum.</p>
<p>Ce dernier exemple suffit à lui seul à mériter le titre de génie. Il est à craindre que d&#8217;ici quelques années, face à la complexité des challenges à venir, l&#8217;équipe en place ne parvienne pas à réussir à nouveau à proposer des réponses aussi pertinentes aux questions que posent la révolution des outils de communication et de connaissance en cours. Steve Jobs y consacrait tout son temps, tout son esprit et tout son être. Tout son génie.</p>
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		<title>Les mots-clefs de Ted</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 13:53:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici ce que donne un report des tags les plus utilisés par les conférenciers de Ted à propos de leurs interventions.
Le fichier de départ est sur cette page, il comprend 275 tags utilisés de une à 365 fois (pour le tag &#171;&#160;technologie&#160;&#187;).
Ces tags décrivent les 1009 &#171;&#160;talks&#160;&#187; mis en ligne et présent sur le site. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F10%2Fles-mots-clefs-de-ted%2F&amp;text=Les%20mots-clefs%20de%20Ted&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F10%2Fles-mots-clefs-de-ted%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p>Voici ce que donne un report des tags les plus utilisés par les conférenciers de Ted à propos de leurs interventions.</p>
<p>Le fichier de départ est sur cette <a href="http://www.ted.com/talks/tags" target="_blank">page</a>, il comprend 275 tags utilisés de une à 365 fois (pour le tag &laquo;&nbsp;technologie&nbsp;&raquo;).</p>
<p>Ces tags décrivent les 1009 &laquo;&nbsp;talks&nbsp;&raquo; mis en ligne et présent sur le site. J&#8217;ai recensé 788 intervenants. La durée moyenne des interventions est d&#8217;environ 15 minutes (14: 40).</p>
<p>Les mots-clefs utilisés plus de cent fois sont : Business, Culture, Design, Entertainment, Global Issues, Science et Technology.</p>
<p>L&#8217;intérêt principal de nuage de mots-clefs est qu&#8217;il propose une liste des thématiques dominantes d&#8217;une base de données de connaissance, laquelle base est elle-même un extrait des préoccupations contemporaines du monde occidental.</p>
<p><a href="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2011/10/TedTagCloudChiffréBig.png"><img class="alignright size-large wp-image-275" title="TedTagCloudChiffréBig" src="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2011/10/TedTagCloudChiffréBig-1024x547.png" alt="" width="1024" height="547" /></a></p>
<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F10%2Fles-mots-clefs-de-ted%2F&amp;text=Les%20mots-clefs%20de%20Ted&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F10%2Fles-mots-clefs-de-ted%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>My generation, ou pourquoi je suis en accord avec Bourdieu, Bouveresse, Chomsky et moi-même</title>
		<link>http://www.unpoint.com/blog/2011/10/my-generation-ou-pourquoi-je-suis-en-accord-avec-bourdieu-bouveresse-chomsky-et-moi-meme/</link>
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		<pubDate>Mon, 03 Oct 2011 08:25:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
				<category><![CDATA[opinions]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[pouvoir]]></category>
		<category><![CDATA[vieux]]></category>

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		<description><![CDATA[Ceci est un extrait de mon journal datant de juillet 2006. En le relisant, je constate tristement que je suis toujours d'accord avec moi, signe qu'il est inutile d'essayer plus avant de mieux comprendre ce qu'il me semble avoir déjà bien compris, et donc de le publier. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dimanche 23 juillet 2006</p>
<p>C’est la canicule en France&#8230; et en Europe. Difficile avec ses températures de prendre du repos. Je dois essayer de me lever plus tôt si je veux travailler un peu. La situation au Liban ne cesse d’empirer. Le Hezbollah ne gagnera jamais cette guerre, Israël ne détruira jamais complètement le Hezbollah. En revanche, une certitude, les Libanais paieront très cher en vies innocentes ce conflit. On peut toujours reprocher au Hezbollah sa légèreté après l’enlèvement des deux soldats israéliens mais Israël n’aura jamais les faveurs de l’histoire tant la riposte de Tsahal est disproportionnée.</p>
<p>Pourquoi je suis en accord avec Bourdieu, Bouveresse, Chomsky et moi-même</p>
<p>Je ne suis qu’un simple intello précaire auquel la vie a prêté assez de faveurs pour la gagner de manière passable. Mon seul loisir est de constater à longueur de temps à quel point mon existence est insignifiante. Un peu comme la parabole de l’idiot assez intelligent pour s’en rendre compte (Gide dans Paludes ?), je fais partie de cette multitude – serions-nous des millions que je n’en serais pas étonné – qui sont assez idiots pour accepter un système qu’ils jugent par ailleurs profondément injuste.</p>
<p>Passons sur l’illusion prodigieuse qui voulait que nous, trentenaires, rejetons des babyboomers, soyons les premiers de l’humanité à connaître en même temps le confort moderne, une meilleure répartition des richesses et la liberté (comme si tout d’un coup, l’humanité avait suffisamment mûri pour décréter qu’elle avait atteint son équilibre fondamental et que maintenant, il fallait partager savoirs et richesses pour que le plus possible d’entre nous connaissent le bonheur&#8230;). Arrêtons-nous sur la situation actuelle en 2006. Les médias dominant nous vendent un modèle de croissance paradoxale dans lequel l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cessent de s’accroître – et encore la France semble relativement épargnée si l’on en juge par les critiques du FMI à l’égard des écarts insuffisants entre RMI, SMIC et salaire médian français -, une croissance qui produit des salariés précaires sans toit comme en 1930, une croissance qui exige toujours plus de sacrifices au profit de la mobilité du capital – ce capital toujours en quête d’un meilleur rendement &#8211; une croissance enfin qui fait argument majeur pour un libéralisme cynique aujourd’hui encensé par tous les partis.</p>
<p>Voilà le topo. Je n’ajoute pas de chiffres, je rappelle que je ne suis qu’un intello précaire et qu’une recherche documentée ne m’est pas permise, économiquement parlant s’entend. Aujourd’hui, il y a trois choses qui me choquent et justifient cette prise de parole. La première concerne le partage de la connaissance, la seconde les règles de l’économie et la troisième l’ascenseur social.</p>
<h1>Papa chanteur</h1>
<p>Commençons par la troisième. Le système à prédominance médiatique qui est le nôtre depuis un demi-siècle a consacré nombre de talents dans le domaine des arts et des lettres. Ces derniers en plus de connaître les honneurs ont amassé des fortunes considérables. Soit. Que leurs enfants héritent de cela, personne n’y trouvera à redire (un peu comme le Loto, personne ne trouve ça injuste, pourtant&#8230;), mais qu’ils héritent du nom et de la reconnaissance artistique qui va avec, c’est un peu plus inquiétant. Saltimbanques de père en fils, soit, acteurs à succès de père en fils, hum&#8230; Mais ce phénomène, pour lequel je crois qu’il est préférable de ne pas citer d’exemples parce que je suis un intello précaire et qu’il n’est pas exclu qu’il y ait quelques contre exemples, n’est que la partie visible d’un mouvement de recréation aristocratique indécent. La reproduction des élites selon Bourdieu montrait quelles règles implicites étaient à l’oeuvre dans la reconnaissance de pairs et ce, malgré les filtres (devrais-je écrire philtre puisque tout cela est magique) égalitaristes de notre République. Ces règles favorisaient les « fils de » tout en professant des critères méritocratiques. Aujourd’hui, nous avons régressé d’un siècle. La méritocratie n’a guère de sens dans une société qui amène huit enfants sur dix au baccalauréat, et deux sur cinq aux études supérieures. Pour sélectionner nos meilleurs éléments, on fait intervenir d’autres critères fondés sur la performance. Tous les diplômés des grandes écoles vous expliqueront que les années les plus difficiles de leur cursus furent celles de la préparation aux concours. C’est durant ces quelques années qu’on leur demande de fournir la démonstration de mérites intellectuels qui sont sans rapport avec une quelconque valeur morale. Combien d’énarques ou de polytechnicien ont-ils un bilan économique positif à l’égard de la société ? Ont-ils créés plus d’emplois que le panel du français moyen, plus de brevets, plus de solidarité ? Sont-ils les moteurs de la croissance, du progrès technique ? Méritent-ils les salaires exorbitants qu’on leur octroie ?</p>
<p>Autrement dit, bénéficient-ils de privilèges indus tels les aristocrates en leur temps ?</p>
<p>Face à cela, [il y a divers éléments chiffrés à ajouter], nous trouvons dans les banlieues de nos grandes villes, une multitude d’individus qui n’ont accès à rien. Rien, c’est-à-dire ni les diplômes des grandes écoles (qu’ils se rassurent, c’est le cas du reste de la France, et personne n’y trouve à redire (c’est un peu comme le Loto&#8230;)), ni l’accès au marché du travail, ni la création d’entreprise, ni l’éducation&#8230; On appelle ça une fracture sociale, mais on oublie au passage de rappeler que ce genre de fracture handicape non seulement notre modèle social (en témoigne la violence des manifestations de novembre 2005) mais aussi et surtout l’idée même de République. Voilà pour l’ascenseur social. (Je passe sur le phénomène de descenseur social, quoique j’ai bien envie d’appeler tout ça le nouveau censeur social qui choisit son élite selon des critères dignes de ceux de la Loterie nationale).</p>
<h1>Les moules s’accrochent</h1>
<p>Je remettrais volontiers une couche sur ce sujet pour évoquer un aspect connexe à la question. Le vieillissement des populations occidentales – 40% des Français auront plus de 60 ans en 2020 – entraîne un déplacement du centre de gravité du pouvoir d’achat et du pouvoir tout court. Le pouvoir d’achat, ce ne serait pas grave (nous sommes moins matérialistes qu’il y paraît, et il est vrai que nous aurions mauvais jeu de nous plaindre, nous qui avons tout le confort moderne) si ce n’est que les classes (d’âge) au travail (laborieuses) aujourd’hui sont aujourd’hui touchées par une précarité qui nous renvoie à l’immédiat après-guerre (ou immédiat avant 30 glorieuses). Précarité que symboliquement je ne peux qu’associer au « fils ou à la fille de » qui n’a besoin que de traverser sa crise d’adolescence pour trouver un contrat de travail à 100 briques (je rappelle aux Anciens que ces briques là valent 600 d’hier).</p>
<p>Mais concernant le pouvoir tout court, c’est plus préoccupant. Que les cadres politiques vieillissent ne serait pas grave (Les députés sont en moyenne 20 ans plus vieux en 2002 qu’en 1981, logique non ?) si les jeunes qui percent dans le domaine n’étaient pas du coup aussi les plus cons (c’est la loi du genre, les meilleurs partent toujours les premiers, seuls restent les plus acharnés, ceux qui ont la plus forte propension à reproduire le comportement  de l’huître ou de la moule : s’accrocher.). On constate un phénomène similaire en dehors du politique (et notamment dans le domaine intellectuel ou artistique, j’y reviendrais) (en passant : que Leo Ferré ait attendu de mourir pour arrêter de chanter, soit, mais que Johnny Halliday soit encore vivant&#8230;)  dans le « monde de l’entreprise » (« monde de l’entreprise », terre étrangère à la vie,  milieu hostile à l’humain, balayé par des vents de dollars et des tourbillons de plans sociaux, son soleil (la Bourse de New York) peut à n’importe quel moment s’effondrer sur lui-même, ses océans de sans travail sont extensibles à l’infini, ses montagnes de stock-options sont réservés aux Dieux&#8230;). Dans ce monde là, notre génération n’en finit pas de faire ses preuves (au nom de la formation continue devenue<a href="#_ftn1">*</a> ), preuves que réclament des maîtres pour la plupart incultes mais sûrs de leur fait (faîte plutôt). Ils réclament des preuves d’excellence mais ils ne savent mesurer que les avantages salariaux qu’ils s’octroient. Ils ne savent rien (je sais je l’ai déjà dit), n’ont rien à transmettre (c’est pour ça que le knowledge management ne décolle pas) et ont détruit en 30 ans de carrière l’essentiel de leur propre métier sur l’autel de leurs ambitions. Fossoyeurs, va !</p>
<p>Je ne les aime pas. Pour un Bouveresse, j’ai croisé 1 000 BHL.</p>
<h1>Les trentenaires trop « mous »</h1>
<p>[Villeneuve les Béziers, 30/7/6]</p>
<p>La conséquence de tout ça, c’est d’abord une immense frustration pour nous autres trentenaires en route vers nos quarante ans. Nous avons d’abord bien sagement attendu notre tour. Mais pour la plupart d’entre mes amis, si j’excepte ceux qui d’une manière ou d’une autre font partie de l’élite (diplômés des grandes écoles, ingénieurs ou énarques), la vie n’a été faite que de hauts et de bas, ces derniers étant plus nombreux que les premiers. Et à chaque point bas, nous redécouvrons les vertus de la précarité. Recommençant sans cesse et à jamais notre parcours d’entrée dans le monde professionnel. Si nous sommes  aujourd’hui opérationnels pour n’importe quel genre de job, c’est que nous avons faims, que nous sommes prêts à n’importe quoi pour survivre.</p>
<p>Je suis prêt à admettre comme explication de cet insuccès l’hypothèse de notre médiocrité. Après tout, nous ne faisons pas partie de l’élite, nous n’avons pas su démontrer nos capacités de travail surhumaines durant nos études, et aucun de nos commanditaires n’est censé accepter d’emblée notre excellence. Soit. Faut-il pour autant en déduire que nos aînés nous sont supérieurs pour mériter leur place ? Leur médiocrité a suffi, la nôtre est insuffisante. La seule leçon à tirer de tout cela est que les premiers arrivés ont été les premiers servis. Vive les moules !</p>
<p>A 37 ans, je commence à me sentir aigri. Je culpabilise de n’avoir pas été plus méchant, plus retors, de n’avoir pas cherché à prendre la place de mes supérieurs avec davantage de pugnacité&#8230; etc. Je me reproche de ne pas m’être comporté en prédateur. En tueur de vieux, plutôt.</p>
<p>Mais j’entends d’ici l’indignation des aînés : les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucun sens de l’effort. De mon temps, il fallait se lever de bonne heure avant d’arriver quelque part, eux ils ont tout (le TGV notamment, qui nous permet de nous lever plus tard), et ils n’arrêtent pas de se plaindre. Et je leur réponds qu’ils ont raison. Nous avons tout certes, sauf une chose : le pouvoir. Et nous en avons assez de regarder nos vieux faire n’importe quoi avec.</p>
<p>Ce qui m’amène au second point de cet exposé. Nos vieux font n’importe quoi. Ils consomment comme quatre. Ils sont corrompus et trouvent cela normal. Ils cultivent l’inefficacité comme rempart contre les jeunes loups (« ce n’est pas en t’agitant dans tous les sens que tu prendras ma place »). Ils trichent. Ils mentent. Ils trompent leur femme. Ils ne font rien à la maison. Le plus grave, c’est que la société fonctionnent selon leurs règles miteuses. Gagner un marché passe par des pots de vin, des fausses facturations. Gagner une élection par des opérations de communication démagogique. En bref, ils sont un sens plus que relatif de l’éthique (ce n’est pas de leur faute me dirait vous, ils ont eu fort à faire avec la société moralisante dans laquelle ils sont nés. Ah mai 68, ça c’était une révolte !). Le problème est que nous n’avons pas envie de jouer avec les mêmes règles.</p>
<h1>La constitution européenne ou l’illusion démocratique</h1>
<p>Avant de m’attaquer aux règles de l’économie selon nos aînés, règles prépondérantes dans nos sociétés depuis le premier choc pétrolier (en gros depuis les débuts de la financiarisation de l’économie aux dépends de l’industrie), je voudrais faire un détour par le référendum perdu en mai 2005 par nos aînés.</p>
<p>Je ne vais pas raconter à nouveau cette histoire connue de tous. Juste remettre en perspective l’enjeu de ce projet de constitution. Alors que sommes unanimement d’accord pour condamner les barbaries meurtrières du vingtième siècle et pour louer les progrès du vieil Occident incarnés par nos institutions européennes, nous avons pour beaucoup voté non à ce référendum. Fiers de notre monnaie unique, malgré sa propension inflationniste implicite, heureux des contre pouvoirs mis en place par la commission face à certains abus des édiles nationaux, profitant même parfois des programmes d’échanges étudiants genre Erasmus, nous sommes pourtant, nous trentenaires, de fervents européens.</p>
<p>Si fervents qu’à nos yeux, le projet de constitution se devait d’être à la hauteur des enjeux auxquels nous et nos enfants devront faire face demain. L’Europe n’a pas pour vocation à se transformer en forteresse pour Vieux privilégiés face aux assauts des pays du Sud, continuellement surexploités y compris après qu’ils aient gagné leur indépendance. Les enjeux de demain touchent non seulement à la mondialisation de l’économie mais aussi à une menace écologique de très grande ampleur, à des progrès biologiques et nanotechnologiques aux conséquences incalculables, à des risques de conflits majeurs là où l’on ne voit pour le moment que des conflits locaux, etc.</p>
<p>Et la seule réponse qu’on nous propose consiste en un édifice technocratique dans lequel le premier péquin venu verra sans doute possible la meilleure garantie qu’on ne fera rien de bon. Rien de bon dis-je, car ce projet de constitution faisait de la commission et du conseil européens de véritables lieux de pouvoirs opaques face auxquels le Parlement n’était qu’une chambre consultative. Au nom de quoi devrions nous accepter d’avaliser une régression démocratique ? Quelle est la menace qui justifierait que nous donnions les pleins pouvoirs à une bande d’individus nommés par leurs pairs qui n’ont de compte à rendre à personne ?</p>
<p>Les Nazis sont-ils aux portes de l’Europe ? Serait-ce à cause du retour de Mahomet ? Une nouvelle croisade en vue ? Non, je ne vois vraiment pas de bonnes raisons qui justifierait une confiscation des pouvoirs démocratiques, certes insuffisants, mais si chèrement acquis par nos ancêtres.</p>
<p>Quoiqu’en réfléchissant un peu, il y a une cohérence dans tout ça. En plus d’être en bute (vérifier) à nos éternels fléaux (violence sociale, délinquance, inégalités, crises économiques, crises du logement, etc), nos sociétés connaissent aujourd’hui une menace nouvelle qui préoccupe énormément nos élites : l’Europe est en passe d’être reléguée en deuxième division sur le plan économique. La première économie du monde menacée ? Pour conserver notre puissance économique, il va falloir augmenter la pression sur les forces de travail, regagner de la productivité, i.e. siniser la population salariée. Et voici donc se pointer cette vieille rengaine que l’histoire nous a déjà maintes fois jouée : renforcer les pouvoirs des élites pour se protéger d’un peuple appauvri. Simple, non ? Simpliste ? Peut-être.</p>
<p>Elite contre démocratie est une figure certes éculée mais pour autant, elle ne se résume pas à l’une ou l’autre des formes que l’histoire lui a donné : De Périclès en Gorgias, de 1789 à la lutte des classes, en passant par le Front pop ou la désindustrialisation des années 70/80. C’est une figure constamment rejouée, et chaque fois par des acteurs différents dans des situations différentes. L’enjeu de ce projet de constitution était (est toujours d’ailleurs) de redonner les coudées franches à un pouvoir économique qui se sent à juste titre menacé. Mais la réalité de cette menace ne justifie que l’on abandonne la réponse à ceux qui croient être les plus concernés parce qu’ils ont le plus à perdre (ce sont les plus riches et les plus puissants). Qu’ils agissent pour certains en croyant sincèrement faire la synthèse la plus juste (courte) des intérêts privés et collectifs ne fait pas de doute. De là à instaurer une régression démocratique, c’est beaucoup plus douteux (grave).</p>
<p>Ce détour donne une idée de la complexité de la règle du jeu économique. A grande échelle, les enjeux sont tranchés par des institutions non démocratiques comme l’OMC. Et on<a href="#_ftn2">*</a> laisse penser que le G8 qui réunit pour partie des membres démocratiques sera en mesure de tempérer les ardeurs de puissants intérêts égoïstes. Que la Commission européenne fera de même, etc.</p>
<p>Mais si l’on se définit comme démocrate de façon intègre, chaque point opaque d’un processus de délibération doit être perçu comme une faille du système. Soit qu’elle ait été ménagée exprès pour s’affranchir du jugement démocratique. Soit qu’étant là <em>de facto</em>, les instances privées ne manqueront pas de l’exploiter pour échapper au jeu démocratique. Nous n’avons pas de doute à avoir sur ce point.</p>
<p>Voilà pourquoi je dis qu’ils font n’importe quoi. Et en évoquant l’exemple de la constitution européenne, je ne parle que des plus valeureux de nos aînés, des plus responsables. Les autres sont pires. Car c’est un autre constat auquel nous devons également nous rendre. Ceux qui ont les responsabilités les plus importantes ne sont pas forcément les plus mauvais. Leurs actions sont plus conséquentes, certes, mais ils tiennent leur pouvoir de ceux qui leur abandonne. Ils sont à la mesure de ces derniers. Et je n’ai jamais cru que celui qui souhaite être désigné pour représenter les autres (celui qui lève le doigt en classe) soit nécessairement le plus mauvais. Qu’en revanche, les autres lui demande de commettre des bassesses pour leur profit et que ce dernier les exauce, c’est hélas presque une loi de l’humanité. Je crois donc que le corrupteur est plus coupable que le corrompu. (Observons néanmoins qu’il est de plus en plus difficile de distinguer l’un de l’autre.)</p>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">*</a> [Votre serviteur ne sait à l’origine rien faire. Il n’a appris aucun métier qui se traduirait par les mots « certificat d’aptitude professionnelle ». Depuis qu’il a terminé ses étude de philo (où accessoirement, il a appris et compris des tas de choses), il a appris à enseigner à une classe de terminale (pour laquelle il obtenait de bons résultats au bac), à écrire des articles de journaux, à diriger (il y a des choses à parfaire de côté là, mais les bases sont là), à diriger une rédaction, à tenir une caméra, à monter des films, à tenir une compta (là aussi, il y a des progrès à faire), et une foultitude de choses moins impressionnantes et néanmoins indispensables, dont la plupart de mes aînés de 30 ans sont incapables. Tout ça pour illustrer les gains de la formation continue.]</p>
<p><a href="#_ftnref2">*</a> De façon générale dans ce texte, le « on » désigne le complexe médiatique. C’est une puissance anonyme qui se dit être le reflet de l’opinion commune. « On » lui va comme un gant. « Nous » restera l’apanage de notre génération que je pose par principe comme consciente et responsable. Ce n’est ni plus faux, ni plus juste. Une équivalence de bon aloi, quoi.</p>
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		<title>Le réveil du 8e continent</title>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 09:03:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Avons-nous pris la mesure de notre force ? Nous, silencieux ou bavards, qui posons chaque jour nos regards et nos mots sur la toile, imaginant que se tissent devant nous les liens d&#8217;un nouveau monde. Sommes-nous conscients, pleinement conscients, de notre pouvoir ? Comprenons-nous quel courage et quelle énergie il faudra déployer pour qu&#8217;un changement [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F05%2Fle-reveil-du-8e-continent%2F&amp;text=Le%20r%C3%A9veil%20du%208e%20continent&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F05%2Fle-reveil-du-8e-continent%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p>Avons-nous pris la mesure de notre force ? Nous, silencieux ou bavards, qui posons chaque jour nos regards et nos mots sur la toile, imaginant que se tissent devant nous les liens d&#8217;un nouveau monde. Sommes-nous conscients, pleinement conscients, de notre pouvoir ? Comprenons-nous quel courage et quelle énergie il faudra déployer pour qu&#8217;un changement ait lieu ?</p>
<p>La présence de Lessig, Barlow, Jarvis dans notre vieux pays, hommes qui ne sont caution de personne mais au contraire porteurs d&#8217;une nouvelle universalité, se doit d&#8217;être saluée.</p>
<p>Salut donc au blogueur Jeff Jarvis qui le premier fit plier une puissante corporation en contant jour après jour ses menus déboires de service après vente, démontrant au passage que l&#8217;écho d&#8217;une voix sincère et argumentée dans la blogosphère avait cette propriété particulière de se démultiplier à en devenir assourdissante.</p>
<p>Salut au juriste/codeur, Lawrence Lessig, qui, descendant de son honorable chaire à Harvard, vint proposer à chacun de devenir le maître modeste mais incontestable de son droit d&#8217;auteur, sapant pour toujours le piédestal sur lequel les &laquo;&nbsp;artistes&nbsp;&raquo; professionnels se juchent pour se distinguer de la masse des amateurs et qui, conjugués aux pratiques des majors (les grands en latin, n&#8217;est-ce pas), était élevé comme un rempart écrasant, interdisant à chacun d&#8217;exprimer son désir de créer ou de partager ce que Kant appelait joliment l&#8217;universel subjectif : le sentiment du beau&#8230;</p>
<p>Salut à toi, John Perry Barlow, le cowboy justicier, l&#8217;indigné modèle, enragé, qui un jour de 1996, fit entendre à tous qu&#8217;il ne l&#8217;entendait pas de cette oreille, que décidément non, ils (les Sénateurs américains) n&#8217;allaient pas aussi mettre leur nez dans le cyberespace pour y graver les logos des firmes sponsors d&#8217;une insupportable bienpensance de galerie marchande.</p>
<p>Pourquoi donc suis-je si emphatique, hein, pourquoi ne dirais-je pas simplement en 3 tweets ce que l&#8217;on doit exactement à l&#8217;un et à l&#8217;autre ? Dussè-je être lourd jusqu&#8217;au bout, je vais le dire tout haut : ils ont fait entrer Internet dans l&#8217;histoire politique mondiale. Pourquoi devrais-je donc me gêner puisque ce sont les Rousseau, Diderot, Voltaire de notre temps de les louer comme des bienfaiteurs de l&#8217;humanité.</p>
<p>Mais surtout, surtout, quand dès le réveil j&#8217;entends à la radio, sur ma timeline, dans la rue, au comptoir, mon vieil anar de père, mon amie, ma bonne amie, tous mes proches, mes élèves, mes clients à la pause café, les indignados de l&#8217;autre côté des Pyrénées, les insurgés de toute la Méditerranée, entonner les uns en offrant leur poitrine aux fusils adverses, les autres, plus discrets, d&#8217;un inlassable murmure convaincu que ça doit changer, que ça va changer, je me dis qu&#8217;il faut rassembler ses forces, élire des figures tutélaires, chauffer les claviers, remplir les tuyaux de tweets, de vidéos, de billets, d&#8217;espoirs, d&#8217;appels, de liens, à faire exploser le consensus qui leur sert de couvercle.</p>
<p>Les gouvernements s&#8217;adressent à nous comme à des enfants, félicitant notre enthousiasme, sûrs et certains que nous finirons par nous plier aux bonnes règles de nos démocraties de papier, de ces républiques qui enterrent chaque jour un peu plus profondément le frêle pacte social qui leur a donné naissance, mais feignant, crânement, de ne pas voir ce qui pourtant crève les yeux : ce sont eux les enfants, gâtés par l&#8217;assurance des intérêts supérieurs de la nation qu&#8217;ils comptent en points de sondage et en coup de fil à un ami (qui donne la réponse en 30 secondes), confondant les outils de la démocratie avec des jouets du pouvoir, et parfois même incapables de reconnaître le droit parce qu&#8217;il ne leur donne pas le droit de faire ce qu&#8217;ils veulent.</p>
<p>Le 8e continent se réveille, Internet est le lieu où les femmes et les hommes deviendront enfin adultes responsables de leur destin, c&#8217;est ainsi, c&#8217;est l&#8217;histoire, c&#8217;est une guerre civile qui commence, une vraie guerre civile, elle comptera de vrais morts et aussi beaucoup de morts symboliques, mais ceux qui s&#8217;élèveront dans la fumée des octets seront des humains ni plus grands ni plus forts que les autres, juste plus responsables, plus courageux, plus honnêtes, tout comme le sont nos amis Jarvis, Lessig et Barlow. Salut à vous.</p>
<p>Quelques liens :</p>
<p>Sur Jeff Jarvis et sa fameuse aventure avec le SAV de Dell : l&#8217;un de ses derniers <a title="Dell Hell The End" href="http://www.buzzmachine.com/2007/10/18/dell-hell-the-end/" target="_blank">billets</a> sur le sujet. Jeff Jarvis est également l&#8217;auteur de l&#8217;excellent <a href="http://www.buzzmachine.com/what-would-google-do/" target="_blank">What Would Google Do ?</a></p>
<p>Sur Lawrence Lessig, bon, ben, mon <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/lawrence-lessig-les-creatives-commons-sont-les-choses-les-mieux-partagees/" target="_blank">billet</a>.</p>
<p>Sur John Perry Barlow, bon, ben, pareil, hein, encore mon <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/john-perry-barlow-une-maison-pour-lesprit/" target="_blank">billet</a>, mais surtout la <a href="https://projects.eff.org/~barlow/Declaration-Final.html" target="_blank">déclaration d&#8217;indépendance du cyberespace</a>.</p>
<p>Sur le G8 du numérique, la <a href="http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=24&amp;mois=05&amp;annee=2011" target="_blank">couverture</a> de l&#8217;événement par Owni. La <a href="http://www.eg8forum.com/en/videos/" target="_blank">retransmission</a> des interventions en vidéo.</p>
<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F05%2Fle-reveil-du-8e-continent%2F&amp;text=Le%20r%C3%A9veil%20du%208e%20continent&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2011%2F05%2Fle-reveil-du-8e-continent%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Les dix textes fondamentaux des penseurs de l’Internet</title>
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		<pubDate>Wed, 04 Nov 2009 16:40:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà quinze ans que je suis du mieux que je peux la vie du Web. Quinze années, parfois très intenses, comme journaliste ou entrepreneur. Depuis que j&#8217;interviens à l&#8217;université et au CNA-Cefag (2007), je m&#8217;efforce d&#8217;identifier ce qui peut nous aider à comprendre  Internet. Je remercie Calixte Tayoro, vieux camarade cybenéticien, de m&#8217;avoir soufflé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F11%2Fles-dix-textes-fondamentaux-des-penseurs-de-l%25e2%2580%2599internet%2F&amp;text=Les%20dix%20textes%20fondamentaux%20des%20penseurs%20de%20l%E2%80%99Internet&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F11%2Fles-dix-textes-fondamentaux-des-penseurs-de-l%25e2%2580%2599internet%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p><em>Voilà quinze ans que je suis du mieux que je peux la vie du Web. Quinze années, parfois très intenses, comme journaliste ou entrepreneur. Depuis que j&#8217;interviens à l&#8217;université et au CNA-Cefag (2007), je m&#8217;efforce d&#8217;identifier ce qui peut nous aider à comprendre  Internet. Je remercie Calixte Tayoro, vieux camarade cybenéticien, de m&#8217;avoir soufflé l&#8217;idée toute simple mais inédite d&#8217;un </em><em>reader digest des textes fondamentaux d&#8217;Internet.</em></p>
<p><em>Je tiens ces dix textes pour fondateurs d&#8217;un mouvement de pensée qui accompagne la naissance d&#8217;Internet. Comme ce mouvement de pensée n&#8217;a pas encore de nom, ni d&#8217;ailleurs de maître à penser, je dirais que les auteurs de ces textes forment un groupe que l&#8217;on pourrait appeler : </em><em>les présocratiques du Web.</em></p>
<p><em>Le texte ci-dessous est un court préambule destiné à esquisser quelques uns des enjeux historiques et intellectuels dont il est question. Vous trouverez ensuite la liste des dix textes, avec un lien vers le texte original et un lien vers la notice bibliographique que j&#8217;ai rédigée pour l&#8217;occasion.</em></p>
<p><strong>En juillet 1945</strong>, alors que la seconde guerre mondiale touche à sa fin, le mensuel <em>The Atlantic Monthly</em> &#8211; référence culturelle de la côte Est américaine, fait paraître un assez long et étrange texte intitulé : “<em>As we may think</em>”. <strong>Vannevar Bush</strong>, l’auteur de ce texte est un inconnu pour les lecteurs de cette revue presque centenaire à qui l’on doit d’avoir publié en premier Mark Twain. Ingénieur du <strong>Massachusetts Institute of Technology</strong>, né en 1890, Vannevar Bush a fait l’essentiel de sa carrière au sein de laboratoires de recherche de pointe et jamais bien loin des autorités fédérales et du secrétariat à la Défense.</p>
<p>Quand il publie son texte dans la prestigieuse revue, Vannevar Bush est à la tête de la recherche militaire américaine. En tant que patron de l’<strong>OSRD</strong>, il coordonne les travaux de plus de 6 000 chercheurs. Malgré la charge qui est la sienne à quelques semaines de l’aboutissement final du <strong>projet Manhattan</strong> et de l’explosion de la première bombe nucléaire sur la ville japonaise d’Hiroshima, il prend la peine de collecter ses notes pour mettre en forme une vision qui influencera de nombreux chercheurs après lui.</p>
<h3>De la bombe A à l&#8217;information en réseau</h3>
<p>“<em>As we may think</em>” est à la fois une revue de détails des principales avancées techniques de son époque mais également et surtout un plaidoyer pour la mise en commun des savoirs et des esprits par le biais d’une nouvelle invention. L’invention de Vannevar Bush est le <strong>Memex</strong> en qui l’on reconnaît l’ancêtre de l’ordinateur individuel.</p>
<table style="height: 336px;" border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="599">
<tbody>
<tr>
<td width="230" valign="top">
<p style="text-align: center;"><img class=" aligncenter" title="Le Memex imaginé par Vannevar Bush" src="http://www.heise.de/tp/r4/artikel/14/14903/14903_1.jpg" alt="Le Memex imaginé par Vannevar Bush" width="360" height="253" /></p>
</td>
<td width="230" valign="top"><em>Fig1   &#8211; Le Memex sous la forme d’un bureau. A gauche l’opérateur scanne par le   biais d’un appareil à microfilm les documents. A droite, à l’aide du clavier,   il les indexe. Au centre, il les consulte.</em></td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>Particularités du Memex, il permet à la fois d’indexer des documents et de les ordonner comme on le souhaite, mais aussi de les partager avec d’autres utilisateurs. Dans les dernières lignes de son article, Vannevar Bush dit sa conviction que le monde complexe créé par l’homme implique que la machine le supplée pour qu’il puisse préserver son cerveau de la surchauffe. Mais c’est surtout l’ombre de l’apocalypse nucléaire qui le préoccupe. Son invention semble n’avoir été motivée que pour contrecarrer les desseins d’une humanité destructrice. Le Memex est tout ce que Vannevar Bush a pu faire pour sauver l’homme de sa propre folie.</p>
<h3>De l&#8217;information en réseau à la fin du paradigme scientifique</h3>
<p><strong>Soixante-trois ans plus tard</strong>, <strong>Chris Anderson</strong>, le rédacteur en chef de <em>Wired</em>, magazine de la côte Ouest qui chronique depuis 15 ans les riches heures de la Silicon Valley, signe un long et étrange article intitulé : “<em>The end of Theory, The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete</em>”. Chris Anderson, d’abord physicien avant d’être journaliste (Science, Nature et The Economist), propose rien moins que de réviser de fond en comble le modèle épistémologique des sciences expérimentales. Toutes les machines mises en réseau selon le schéma anticipé par Vannevar Bush sont à l’origine d’un changement d’échelle statistique. Plus besoin de modèle logico-déductif, « a<em>vec suffisamment de données, les chiffres parlent d’eux mêmes </em>»<a href="#_ftn1">[1]</a>, écrit Chris Anderson, qui, exemples scientifiques à l’appui, conclut son article sur cette phrase cinglante : « <em>il n’y a plus de raison de s’accrocher à nos vieilles habitudes. Il est temps de se demander : qu’est-ce que la science peut apprendre de Google ? </em>»<a href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<p>Entre ces deux moments, l’histoire d’Internet s’est écrite année après année en suivant les intuitions et les idées de chercheurs, informaticiens, romanciers, poètes, philosophes, musiciens, juristes ou hackers. Il s’agit de vrais penseurs, mais des penseurs qui n’écrivent pas seulement des livres pour se faire entendre. Ils écrivent aussi des programmes. Des programmes, informatiques ou non, conçus pour que leurs idées se répliquent d’elles-mêmes. Cette approche les exclut a priori du champs universitaire, or c’est pourtant là que se fonde leur originalité. Penser après la seconde guerre mondiale n’est plus possible sans penser aussi les moyens du changement et les éprouver à l’échelle 1.</p>
<h3>A la quête d&#8217;un langage universel pour organiser les connaissances</h3>
<p><strong>Ces dix textes constituent un bagage intellectuel indispensable pour l’honnête homme du XXIe siècle</strong>. Ces penseurs à qui il a été donné à la fin du siècle dernier de réfléchir sur les machines comme outil de communication avaient un dessein. Éviter une troisième guerre mondiale fatale à l’humanité, certes, mais aussi donner aux hommes les moyens de partager leurs connaissances de telle sorte que l’ignorance ne soit plus source d’inégalités ou de souffrance. Aussi techniques soient-ils, les textes de <strong>J.C.R. Licklider</strong>, <strong>Tim Berners-Lee</strong> ou <strong>Eric S. Raymond</strong> ont d’abord été écrit pour expliquer par le détail les conditions de possibilité d’un tel système. De l’héritage philosophique des modernes, ils retiennent des principes dérivés de l’idée d’universalité : le système devra être standard, ouvert et interopérable. Internet n’est rien d’autre que l’extrapolation, d’abord expérimentale puis planétaire (Licklider dirait galactique), d’un outil standardisé de partage des connaissances, modifiable librement à condition de le garder ouvert à d’autres modifications.</p>
<p>La densité novatrice de ces écrits est probablement telle qu’il faudra encore des décennies pour en saisir toutes les conséquences. En posant les principes techniques d’une pensée en réseau, ils nous ont donné l’équivalent de ce qu’<strong>Euclide</strong> fit avec ses Éléments pour la géométrie : un langage universel pour décrire les connaissances.</p>
<p><strong>Auteur</strong><strong>(s),	<em>Titre</em>,	Année,	Editeur, <em>notice</em><br />
</strong></p>
<ol>
<li> Vannevar Bush,	<a href="http://www.theatlantic.com/doc/194507/bush" target="_blank"><em>As We May Think</em></a> (quelques <a href="http://www.archipress.org/episteme/vannevar.htm" target="_blank">extraits</a> en VF),	1945,	The Atlantic Monthly, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/loptimisme-technologique-de-vannevar-bush/" target="_blank"><em><span style="color: #ff9900;">L&#8217;optimisme technologique de Vannevar Bush</span></em></a></li>
<li> J.C.R Licklider and Robert W. Taylor,<em> </em><a href="http://www.utexas.edu/ogs/lectures/taylor/licklider-taylor.pdf" target="_blank"><em>The Computer as a Communication Device</em></a>,	1968,	Science And Technology, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/licklider-%c2%ab-et-si-on-faisait-un-reseau-intergalactique-%c2%a0%c2%bb/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Licklider : </em></span><span style="color: #ff9900;"><em>« Et si on faisait un réseau intergalactique ? »</em></span></a><a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/licklider-%c2%ab-et-si-on-faisait-un-reseau-intergalactique-%c2%a0%c2%bb/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em> </em></span></a></li>
<li> Vinton G. Cerf and Robert E. Kahn,<a href="http://www.cs.princeton.edu/courses/archive/fall06/cos561/papers/cerf74.pdf" target="_blank"> <em>A Protocol for Packet Network Intercommunication</em></a>,	1974,	IEEE, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/vinton-cerf-se-parler-en-gardant-ses-differences/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Vinton Cerf, se parler en gardant ses différences</em></span></a></li>
<li> Tim Berners-Lee and Robert Cailliau and Jean-Francois Groff and Bernd Pollermann,	<em><a href="http://www.w3.org/History/1992/ENRAP/Article_9202.ps" target="_blank">World-Wide Web: The Information Universe</a></em>,	1992,	CERN, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/tim-berners-lee-le-sens-du-lien/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Tim Berners-Lee, le sens du lien</em></span></a></li>
<li>Peter Lamborn Wilson dit Hakim Bey,	<a href="http://www.hermetic.com/bey/taz_cont.html" target="_blank"><em>Temporary Autonomous Zone</em></a> (<a href="http://www.lyber-eclat.net/lyber/taz.html" target="_blank">VF</a>),	1985, 1991,	Autonomedia Anti-copyright, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/hakim-bey-depasser-la-machine/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Hakim Bey, dépasser la machine</em></span></a></li>
<li>Eric S. Raymond,	<a href="http://firstmonday.org/htbin/cgiwrap/bin/ojs/index.php/fm/article/view/1472/1387" target="_blank">The Cathedral and the Bazar</a> (Bonne <a href="http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar.html#toc14" target="_blank">VF</a>),	1997,	First Monday, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/eric-s-raymond…le-code-suivra/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Eric S. Raymond : partagez les données et le code suivra</em></span></a></li>
<li>Lawrence Lessig,	<a href="http://codev2.cc/" target="_blank">Code V2</a>, 	1999, 2006,	Basic Books, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/lawrence-lessi…ieux-partagees/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>Lawrence Lessig : les creatives commons sont les choses les mieux partagées</em></span></a></li>
<li> John Perry Barlow,	<a href="http://homes.eff.org/~barlow/Declaration-Final.html" target="_blank">A Declaration of the Independence of Cyberspace</a> (Bonne <a href="http://www.freescape.eu.org/eclat/1partie/Barlow/barlowtxt.html" target="_blank">VF</a>),	1996, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/john-perry-bar…n-pour-lesprit/" target="_blank"><span style="color: #ff9900;"><em>John Perry Barlow, une maison pour l&#8217;esprit</em></span></a></li>
<li>Chris Anderson,	<a href="﻿http://www.wired.com/science/discoveries/magazine/16-07/pb_theory" target="_blank">The End of Theory : The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete</a>,	2008,	Wired, <span style="color: #ff9900;"><a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/chris-anderson-%C2%AB-demandons-nous-ce-que-la-science-peut-apprendre-de-google-%C2%BB/" target="_self"><span style="color: #ff9900;"><em>Chris Anderson : « </em>demandons-nous ce que la science peut apprendre de Google </span></a><em><a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/chris-anderson-%C2%AB-demandons-nous-ce-que-la-science-peut-apprendre-de-google-%C2%BB/" target="_self"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #99cc00;"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #ff9900;">»</span></span></span></span></span></a><a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/03/chris-anderson…re-de-google-»/" target="_blank"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #99cc00;"><span style="color: #ff6600;"><span style="color: #ff9900;"> </span></span></span></span></span></a></em></span></li>
<li>William Gibson,	Neuromancer,	1984,	Ace Books, <a href="http://www.unpoint.com/blog/2009/11/william-gibson…e-cyberespace/" target="_self"><span style="color: #ff9900;"><em>William Gibson, vivre dans le cyberespace</em></span></a></li>
</ol>
<hr size="1" /><a href="#_ftnref1">[1]</a> In Wired Magazine 16.07, “The End of Theory: The Data Deluge Makes the Scientific Method Obsolete”, texte original : « <em>With enough data, the numbers speak for themselves.</em> »</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> Ibid, texte original « <em>There&#8217;s no reason to cling to our old ways. It&#8217;s time to ask: What can science learn from Google?</em> »</p>
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		<title>Shimon Peres : « Buy Google and stop remember ! »</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Oct 2009 23:17:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
				<category><![CDATA[films]]></category>
		<category><![CDATA[opinions]]></category>

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C&#8217;était le 13 décembre 2006. La deuxième édition de la conférence Le Web3 bruissait de la venue du prix Nobel de la paix et ancien premier ministre d&#8217;Israël, Shimon Peres. Nous fumes subjugués par le discours. Tout à coup, nous nous retrouvions à nouveau face aux espoirs qui avaient inspiré nos premiers projets durant la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F10%2Fshimon-peres-%25c2%25ab-buy-google-and-stop-remember-%25c2%25bb%2F&amp;text=Shimon%20Peres%20%3A%20%C2%AB%20Buy%20Google%20and%20stop%20remember%20%21%20%C2%BB%20&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F10%2Fshimon-peres-%25c2%25ab-buy-google-and-stop-remember-%25c2%25bb%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p style="text-align: left;"><img class="aligncenter size-full wp-image-90" title="ShimonPerez" src="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2009/10/ShimonPerez.png" alt="ShimonPerez" width="787" height="441" /></p>
<h3 style="text-align: left;">C&#8217;était le 13 décembre 2006. La deuxième édition de la conférence Le Web3 bruissait de la venue du prix Nobel de la paix et ancien premier ministre d&#8217;Israël, Shimon Peres. Nous fumes subjugués par le discours. Tout à coup, nous nous retrouvions à nouveau face aux espoirs qui avaient inspiré nos premiers projets durant la fin des années 90 et que l&#8217;éclatement de la bulle avait douché. Le discours de Shimon Peres est à la fois le témoignage d&#8217;un politique qui a perdu toutes ses illusions et un appel à inventer un avenir forçant l&#8217;humanité à la paix.</h3>
<h3>Ce court extrait est un avant-goût des trente minutes que je suis en train de traduire et d&#8217;adapter pour une publication ultérieure.</h3>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="560" height="340" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/pj2bCXYXO6Q&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="560" height="340" src="http://www.youtube.com/v/pj2bCXYXO6Q&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F10%2Fshimon-peres-%25c2%25ab-buy-google-and-stop-remember-%25c2%25bb%2F&amp;text=Shimon%20Peres%20%3A%20%C2%AB%20Buy%20Google%20and%20stop%20remember%20%21%20%C2%BB%20&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F10%2Fshimon-peres-%25c2%25ab-buy-google-and-stop-remember-%25c2%25bb%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Pour une (re)définition du concept de technologie</title>
		<link>http://www.unpoint.com/blog/2009/06/pour-une-definition-du-concept-de-technologie/</link>
		<comments>http://www.unpoint.com/blog/2009/06/pour-une-definition-du-concept-de-technologie/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2009 08:04:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
				<category><![CDATA[recherches]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.unpoint.com/blog/?p=66</guid>
		<description><![CDATA[Pour paraphraser la définition que donne Martin Heidegger de la technique - «s'y connaître dans le fait de produire» — nous dirons : «est technologique ce qui s'y connaît dans le fait de de produire». Mais cette définition ne nous dispense pas d'une réflexion étymologique, historique et anthropologique sur le substantif «technologie». Réflexion dont voici une première approche rédigée à l'aube du Web dans les années 1995.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4>Nous proposons une approche problématique du terme «technologie» qui n&#8217;est pas conforme à la lecture classique anglo-saxonne ni à la lecture des technologues français (Stiegler, Simondon, Ellul). Notre approche oppose initialement le discours scientifique qui est avant tout descriptif et prédictif avec les objets techniques qui «produisent» ou participent à la production humaine d&#8217;artefacts. C&#8217;est là que se trouve la problématique issue du terme «technologie» : est-ce un savoir débouchant sur des savoir-faire ou bien un objet technique permettant d&#8217;automatiser le faire ?</h4>
<h4>Le <em>logos</em>, ou discours raisonnable, sous sa forme scientifique ou simplement logique, a pour but de mettre en ordre (en vue de la pédagogie ou de la prédiction) un ensemble de savoirs, de faits ou d&#8217;informations (sous n&#8217;importe quelle forme y compris donc une série de 0 et de 1). Le choix de l&#8217;expression &laquo;&nbsp;mise en ordre&nbsp;&raquo; est une allusion volontaire au mot &laquo;&nbsp;ordinateur&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;<em>computer</em>&nbsp;&raquo; en anglais, et tous deux renvoient à l&#8217;idée d&#8217;une mise en ordre (soit parce que la machine exécute (et donc réplique) une série d&#8217;ordres, soit parce qu&#8217;elle permet une combinaison d&#8217;étapes (d&#8217;ordres) via la &laquo;&nbsp;computation&nbsp;&raquo;). La machine ou l&#8217;automate (ce qui se meut lui-même) disposant en son sein d&#8217;une série d&#8217;instructions de base lui permettant d&#8217;effectuer un programme.</h4>
<h4>L&#8217;autre partie du terme, la technique, ou <em>techné</em>, renvoie à une notion beaucoup plus commune et facile à saisir. La ou les techniques sont des savoir-faire qui permettent de produire. Je reprends la terminologie heideggerienne du &laquo;&nbsp;produire&nbsp;&raquo; parce qu&#8217;elle dénote de la dimension anthropologique de la technique et qu&#8217;il ne faut jamais, à mon sens, la négliger. Les hommes ayant toujours tendance à &laquo;&nbsp;naturaliser&nbsp;&raquo; leurs propres pratiques de production d&#8217;artefact afin de les &laquo;&nbsp;normaliser&nbsp;&raquo; comme s&#8217;il s&#8217;agissait de phénomènes naturels. Les techniques s&#8217;inspirent très souvent d&#8217;observations de la nature et tendent tout simplement à les répliquer, puis à se construire en savoir transmissible par l&#8217;observation ou via un traité résumant les bonnes pratiques que doit connaître le bon artisan pour &laquo;&nbsp;bien&nbsp;&raquo; produire.</h4>
<h4>La fusion des deux termes en un seul pose un ensemble de questions qu&#8217;il est malaisé de trancher simplement. C&#8217;est tout l&#8217;intérêt de ce terme dans le cadre de notre étude sur les usages d&#8217;Internet. C&#8217;est pourquoi j&#8217;ai souhaité commencé cette série par un retour sur ce texte écrit en 1994. Quinze ans plus tard, je m&#8217;aperçois qu&#8217;il conserve une réelle pertinence et qu&#8217;il peut peut-être aider à éclairer les questions que je me pose aujourd&#8217;hui.</h4>
<div id="attachment_76" class="wp-caption aligncenter" style="width: 584px"><img class="size-large wp-image-76 " title="Ordinateur - miroir ou boite à fantasmes" src="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2009/06/Ordinateur-1024x680.jpg" alt="Oeuvre en carton de Margot Cauquil-Gleizes, 2001 - http://www.mcgfactory.com/" width="574" height="381" /><p class="wp-caption-text">Oeuvre en carton de Margot Cauquil-Gleizes, 2001 - http://www.mcgfactory.com/</p></div>
<p><strong>Le concept principal de notre réflexion </strong>(sur Internet, ajout 2009), la technologie, mérite sans aucun doute d&#8217;être circonscrit avant toute autre chose. Nous disposons à cet effet de deux types d&#8217;approche, la première est aussi bien historique qu&#8217;anthropologique ou encore étymologique, et la seconde est une simple approche de détermination générale. Dans la première, nous pouvons y faire figurer aussi bien les définitions extraites des auteurs que les tentatives pragmatiques (descriptions ou monographies) de saisie du concept dans sa diversité réalisée. Dans la seconde ce qui doit ressortir en premier lieu c&#8217;est la simplicité et l&#8217;univocité de la définition proposée.</p>
<h3>Encyclopédie et technologie ont une origine historique commune</h3>
<p>Or, en fait, le concept de technologie est issu d&#8217;un redoublement de sens qui a sa propre explication historique et qui porte par ailleurs en soi un sens logique original. Car, dans le mot &laquo;&nbsp;technologie&nbsp;&raquo;, se trouvent la notion de techné et celle de logos, l&#8217;association de ces deux notions n&#8217;est pas aussi claire ni aussi appropriée qu&#8217;on le voudrait. Toutefois, si l&#8217;on entend simplement par techné le métier ou l&#8217;art de faire une chose et par logos le discours, on fait déjà apparaître le redoublement de sens, puisque l&#8217;association des deux donne la définition étymologique suivante : la technologie est un discours sur les arts de faire une chose, ou encore, plus radicalement, une théorie des théories de la pratique. Le mot technologie peut aussi être compris dans un sens où ce redoublement n&#8217;est pas simple mais complexe, comme par exemple si nous reprenons l&#8217;étymologie que donne Heidegger de techné, qui semble tout à fait exacte : s&#8217;y connaître dans le fait de produire. Qu&#8217;a-t-on alors besoin d&#8217;un logos quand on s&#8217;y connaît déjà dans le fait de produire? La techné est donc un savoir-faire auquel peut être adjoint ce qui se rapporte à ce savoir-faire, c&#8217;est-à-dire des mots qui permettent de décrire et de faire comprendre ce qu&#8217;il faut savoir pour faire telle chose, mots que l&#8217;on appelle généralement des mots techniques, dès lors l&#8217;ajout du suffixe &laquo;&nbsp;logie&nbsp;&raquo; ne peut être justifié sans autre explication. Cette autre explication est historique.</p>
<h3>Trop de savoirs, pas assez de science</h3>
<div id="attachment_73" class="wp-caption alignright" style="width: 394px"><img class="size-full wp-image-73" title="Encyclopédie_Figurative_System_of_Human_Knowledge" src="http://www.unpoint.com/blog/wp-content/uploads/2009/06/Encyclopédie_Figurative_System_of_Human_Knowledge.jpg" alt="Frontispice de l'index analytique de Pierre Mouchon (1780)" width="384" height="517" /><p class="wp-caption-text">Frontispice de l&#39;index analytique de Pierre Mouchon (1780)</p></div>
<p>En effet, le mot &laquo;&nbsp;technologie&nbsp;&raquo; apparaît au début du XVIIe siècle alors que les techniques deviennent tellement nombreuses que le commun des mortels a peine à toutes les nommer, il devient urgent de mettre en place un savoir raisonné des techniques, ainsi donc naquît la technologie, prenant la forme d&#8217;une encyclopédie descriptive des différentes techniques. Ce qui est remarquable, c&#8217;est que la notion de technique porte déjà en elle-même l&#8217;idée de rendre disponible ou accessible un savoir-faire tout autant que de rendre manifeste ce qui est produit, le discours raisonné de la technique est donc la manifestation de la nécessité de &laquo;&nbsp;faire savoir&nbsp;&raquo; ces savoirs-faire d&#8217;une façon systématique ou plutôt comme un ensemble formant un tout, c&#8217;est-à-dire une théorie. Cette explication est doublée d&#8217;une autre, anthropologique cette fois, c&#8217;est A. Leroi-Gourhan qui nous la donne. Dans le moment qui précède la création du mot &laquo;&nbsp;technologie&nbsp;&raquo;, on assiste à la naissance d&#8217;un nouvel art, dérivé de l&#8217;index, celui de l&#8217;encyclopédie. Cette nouvelle technique de classement des connaissances n&#8217;a d&#8217;autre but que de rendre accessibles les connaissances qui ne l&#8217;étaient pas ou difficilement, et c&#8217;est cette technique, normalement appliquée au rangement des bibliothèques et à la constitution de bibliographies, qui va être simplement transposée au traitement de l&#8217;ensemble des techniques pour donner la technologie.</p>
<h3>Extérioriser les  structures mnémotechniques</h3>
<p>La singularité de ce premier pas vers l&#8217;encyclopédisme — dont le sommet sera atteint au XVIIIe siècle — se retrouve en partie dans les raisons de l&#8217;invention de la technologie. Les nouvelles méthodes de classement permettent de rompre avec la forme de l&#8217;écrit médiéval et antique dont le trait principal est, selon A. Leroi-Gourhan, qu&#8217;ils sont conçus pour être «fixés à vie dans la mémoire des lecteurs ». Et ce qui auparavant était directement destiné à la mémoire individuelle en tant que support de la lecture, est rejeté à l&#8217;extérieur du texte pour faire office de mémoire extérieure au lecteur. Autrement dit une technique aussi simple que la classification alphabétique permet la modification en profondeur de la structure du texte en extériorisant tout ce qui ressort à la mnémotechnique. Le concept de technologie répond à la même innovation, il devient inutile, en un certain sens, d&#8217;être un artisan spécialisé pour &laquo;&nbsp;connaître&nbsp;&raquo; telle ou telle technique puisqu&#8217;il existe une technique pour accéder à ce savoir-faire, cette technique est donc à proprement parler un faire-savoir des savoirs-faire. La technologie est l&#8217;annonce d&#8217;une future extériorisation, au sens de Leroi-Gourhan, de la technique, elle contient l&#8217;idée que, selon une classification adéquate, il est possible d&#8217;organiser les techniques ensemble de telle sorte à obtenir un corps complet de tous les savoirs-faire, et que, grâce à cette dernière étape, le degré de science atteint correspondra à un optimum supérieur à la simple collection de toutes les techniques.</p>
<h3>Un savoir utile pour savoir</h3>
<p>Cela explique que le concept de technologie soit plus qu&#8217;un simple concept opératoire. Il résulte de la volonté d&#8217;organiser les techniques entre elles mais il est aussi un projet à part entière, celui d&#8217;écrire une théorie de la technique qui puisse s&#8217;énoncer dans une langue homogène, parfaitement didactique. Un tel projet suppose que chaque technique puisse aussi être décrite par une théorie qui leur est propre, ce qui signifie que les techniques empiriques qui procèdent par tâtonnements ne peuvent appartenir à la technologie. Ce n&#8217;est pas tout, puisqu&#8217;une technologie doit être en même temps pratique et théorique, le très fameux exemple des fontainiers de Florence, qui durent attendre que Toriccelli mette en équation le système des vases communicant pour connaître la théorie de leur art — ce qui ne modifia rien de cet art — montre que le savoir technologique n&#8217;a pas de conséquence sur l&#8217;usage de la technique, sa raison d&#8217;être mais seulement sur son &laquo;&nbsp;comment&nbsp;&raquo;. Aussi lorsqu&#8217;on prend un exemple inverse d&#8217;un savoir technologique disponible sans technique d&#8217;application déjà connue, l&#8217;usage technique qu&#8217;on en fera n&#8217;est plus primitif mais secondaire, il reste à l&#8217;inventer, puis à le justifier, et, nous serions tenté de dire, à le vendre. La technologie est incontestablement un fait économique, social et politique, et ce parce que par rapport à la technique qui répond immédiatement à un besoin, la technologie laisse libre un espace contingent d&#8217;application d&#8217;une théorie à la pratique, et cette contingence de la technique au sein de la technologie a toute chance d&#8217;être tôt ou tard un enjeu de pouvoir.</p>
<h3>La technique des techniques et la théorie des théories</h3>
<p>L&#8217;idée de technologie représente donc une ambition multiple de l&#8217;homme. En premier lieu, nous trouvons l&#8217;ambition de rompre avec la confusion babylonienne issue de la diversité des langues techniques. Ensuite se dessine l&#8217;ambition de raisonner et d&#8217;organiser la diversité des techniques grâce à une référence commune à la science ou au calcul, ainsi que le classement et la description encyclopédique. Et enfin l&#8217;ambition finale est de réunir sous le terme de technologie à la fois une technique des techniques et une théorie des théories de chaque technique, pour aboutir à une technique suffisamment formalisée et générale qu&#8217;elle offre de remplacer toutes les techniques empiriques. Et nous n&#8217;avons pas de doute que le langage numérique et son application informatique constitue l&#8217;une des réalisations les plus réussies du projet de la technologie tel qu&#8217;il se présentait au XVIIe siècle. De plus, si la technologie s&#8217;est d&#8217;abord présentée comme une sorte de science, il s&#8217;avère de plus en plus que son but est de rendre automatique ce qui relevait jadis de ce qu&#8217;on appelle le savoir-faire des artisans, tant est si bien que l&#8217;étymologie que donne Heidegger pour la technique, «s&#8217;y connaître dans le fait de produire», peut être ainsi transposée à la technologie comme une définition : est technologique ce qui s&#8217;y connaît dans le fait de produire.</p>
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		<title>Ven Ra : &#171;&#160;Ils voulaient me manger&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Apr 2009 08:58:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous avons rencontré Ven Ra, Jérôme Porier et moi-même, durant l&#8217;été 2003, alors que la campagne pour les élections législatives au Cambodge battait son plein. Ven Ra est la nièce de Ta Mok, que l&#8217;on surnommait le boucher, pour son rôle joué durant ce moment de démence collective mené par Pol Pot qui fit deux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fven-ra-ils-voulaient-me-manger%2F&amp;text=Ven%20Ra%20%3A%20%22Ils%20voulaient%20me%20manger%22&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fven-ra-ils-voulaient-me-manger%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p><span>Nous avons rencontré Ven Ra, Jérôme Porier et moi-même, durant l&#8217;été 2003, alors que la campagne pour les élections <img class="alignright" title="Ven Ra en 2003" src="http://i2.ytimg.com/vi/uZ9OZ7qxCbw/default.jpg" alt="" width="120" height="90" />législatives au Cambodge battait son plein. Ven Ra est la nièce de Ta Mok, que l&#8217;on surnommait le boucher, pour son rôle joué durant ce moment de démence collective mené par Pol Pot qui fit deux millions de morts. Au moment où les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh, Ven Ra était une toute jeune fille âgée de 13 ou 14 ans. A la chute du régime en 1978, elle était devenue infirmière. Sur le point d&#8217;accoucher alors que les forces vietnamiennes prennent le contrôle du pays, elle a du fuir en catastrophe dans la jungle, son bébé sous le bras, accompagnée de sa tante malade. Son témoignage, alors qu&#8217;elle est candidate pour le poste de député de la région de Pailin, ancien fief des Khmers rouges tout au long de la guérilla qui dura jusqu&#8217;au cessez-le-feu et la reddition de décembre 1999, illustre la complexité profonde de la situation historique des Khmers. Le mouvement Khmers rouges fut tout à la fois le pire moment de leur histoire et l&#8217;expression du rêve de renaissance de la grandeur passée du royaume d&#8217;Angkor qui les hante toujours.</span></p>
<p><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="600" height="480" src="http://www.youtube.com/embed/uZ9OZ7qxCbw?rel=0" frameborder="0"></iframe></p>
<p>En bonus, ce petit travail de mémoire sur le génocide des Khmers rouges. Film intitulé &laquo;&nbsp;Figues absentes&nbsp;&raquo;<br />
<iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="600" height="480" src="http://www.youtube.com/embed/r7vsIIgtsAY?rel=0" frameborder="0"></iframe></p>
<p><span><br />
</span></p>
<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fven-ra-ils-voulaient-me-manger%2F&amp;text=Ven%20Ra%20%3A%20%22Ils%20voulaient%20me%20manger%22&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fven-ra-ils-voulaient-me-manger%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Rencontre avec Linton Kwesi Johnson</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Apr 2009 08:33:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
				<category><![CDATA[films]]></category>
		<category><![CDATA[Black Panthers]]></category>
		<category><![CDATA[Chikaya U Tamsi]]></category>
		<category><![CDATA[Kwame Nkrumah]]></category>
		<category><![CDATA[Linton Kwesi Johnson]]></category>
		<category><![CDATA[LKJ]]></category>
		<category><![CDATA[Marcus Garvey]]></category>
		<category><![CDATA[Montreuil]]></category>
		<category><![CDATA[W.E.B. Du Bois]]></category>

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		<description><![CDATA[« Je suis né en Jamaïque en 1952, je suis venu en Angleterre quand j’avais 11 ans. J’ai grandi au sud de Londres, à Brixton, dans la communauté noire. Je suis devenu politiquement conscient quand j’étais adolescent, vers 16, 17 ans. J’étais engagé dans le mouvement des Black Panthers, qui était une organisation luttant pour les droits des noirs en Angleterre. Et à travers les Black Panthers, j’ai découvert la littérature. Cela m’a donné l’envie d’écrire. L’un des écrivains qui m’a influencé a été l’Américain W.E.B. Du Bois et son livre " The Soul of Black Folk " ( " Les âmes du peuple noir "). Une autre influence importante a été Chikaya U Tamsi du Congo. Il y a eu aussi Aimé Césaire de Martique, Langston Hughes des Etats-Unis, etc.
Donc, depuis que je suis adolescent, je suis engagé dans la politique et la poésie. J’ai commencé à enregistrer des disques à la fin des années 70. »]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;idée de rencontrer LKJ nous est venu autour d&#8217;un café en regardant le programme du festival musical qui se tient chaque année dans notre ville. LKJ, figure contemporaine de la conscience noire, de passage à Montreuil, deuxième ville la plus peuplée de Maliens après Bamako, il fallait qu&#8217;il en reste une trace. La voici ! (fim diffusé sur Telif &#8211; juillet 2004)</p>
<p><iframe title="YouTube video player" type="text/html" width="600" height="480" src="http://www.youtube.com/embed/kxnQSGdGpOU?rel=0" frameborder="0"></iframe></p>
<p><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="600" height="480" src="http://www.youtube.com/embed/sQZ8E92Y0n0?rel=0" frameborder="0"></iframe></p>
<h3>Transcription/Traduction itw LKJ 20-06-2004<img class="alignright" title="LKJ à Montreuil" src="http://i2.ytimg.com/vi/AzSvbGVeDIw/default.jpg" alt="" width="120" height="90" /></h3>
<p><strong>Denise Ndzakou</strong> :<strong> Lkj, bienvenu à Montreuil. Nous sommes très heureux de vous accueillir. Nous avons beaucoup de questions à vous poser. C’est un grand plaisir de vous rencontrer, mais d’abord parlons de vous : Qui est LKJ ?</strong></p>
<p><strong>Linton Kwesi Johnson</strong> : Je suis né en Jamaïque en 1952, je suis venu en Angleterre quand j’avais 11 ans. J’ai grandi au sud de Londres, à Brixton, dans la communauté noire. Je suis devenu politiquement conscient quand j’étais adolescent, vers 16, 17 ans. J’étais engagé dans le mouvement des Black Panthers, qui était une organisation luttant pour les droits des noirs en Angleterre. Et à travers les Black Panthers, j’ai découvert la littérature. Cela m’a donné l’envie d’écrire. L’un des écrivains qui m’a influencé a été l’Américain W.E.B. Du Bois et son livre &nbsp;&raquo; The Soul of Black Folk &nbsp;&raquo; ( &nbsp;&raquo; Les âmes du peuple noir &laquo;&nbsp;). Une autre influence importante a été Chikaya U Tamsi du Congo. Il y a eu aussi Aimé Césaire de Martique, Langston Hughes des Etats-Unis, etc.<br />
Donc, depuis que je suis adolescent, je suis engagé dans la politique et la poésie. J’ai commencé à enregistrer des disques à la fin des années 70.</p>
<p><strong>DN </strong>:<strong> Pourquoi avez-vous choisi la poésie ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Je n’ai pas choisi la poésie, la poésie m’a choisi. J’ai découvert la littérature noire, et je lisais tout ce que je pouvais trouver, des livres à propos de la culture africaine, de l’histoire des Noirs, mais le livre qui a changé quelque chose en moi a été &nbsp;&raquo; The Soul of Black Folk &nbsp;&raquo; de W.E.B. Du bois, et ça m’a conduit à la poésie. En tant que jeune homme, je cherchais à articuler l’expérience de la jeunesse de ma génération grandissant en Angleterre dans un environnement hostile racialement avec ce que nous devions en faire.</p>
<p><strong>DN</strong> : <strong>A mes yeux, ceux d’une jeune femme noire, vous êtes un témoin, vous avez vu des tas de choses, vous avez vécu les émeutes de Brixton. Pouvez-vous me parler de ce qui se passe maintenant, de ce qui arrive aux Noirs aujourd’hui ? Que devons nous faire ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : J’aimerais avoir la réponse à une question si importante. Les problèmes du monde sont complexes, et tout spécialement ceux du peuple noir. Je n’ai aucune solution toute prête. Tout ce que je peux dire c’est que nous avons fait des progrès et nous avons fait ces progrès en nous battant. Donc, nous devons être organisés, vigilants, nous devons continuer à nous battre pour l égalité raciale et la justice sociale.</p>
<p><strong>DN</strong> : <strong>Justice sociale, justement. Vous êtes ici en France, LKJ, qu’est-ce que vous pensez d’un pays où des partis radicaux comme le Front National ou le MNR rassemblent 15% des suffrages ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Le fait qu’il existe des partis d’extrême droite n’est pas un phénomène spécifiquement français. C’est un phénomène européen. Car nous avons le même type de partis en Angleterre avec le British National Party, et ils ont le même genre de parti en Allemagne, en Autriche, bref dans toute l’Europe. Donc, ce n’est pas un problème spécifiquement français, mais un problème européen. C’est pourquoi, il est important pour tous les gens opprimés et tous ceux qu’on appelle les minorités ethniques, en Europe de se rassembler et de travailler ensemble à s’entraider dans les luttes de chacun.</p>
<p><strong>DN</strong> : <strong>Vous parlez de solidarité mais pour moi, il n’y a pas de solidarité noire. Quand allons-nous commencer à parler de solidarité noire ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Oh ! Ce n’est pas vrai. Non. A travers les luttes pour les indépendances ou les luttes anticoloniales, il y a eut de la solidarité entre les Antillais et leurs frères et soeurs africains. Des gens comme Marcus Garvey ont eu une influence importante en Afrique. Les Noirs des Etats-Unis et ceux des  Antilles ont été influencés par le Kwame Nkrumah du Ghana et tout ce qu’il a dit sur l’unité africaine. Et ainsi de suite. Moi-même, j’ai été engagé dans une organisation qui s’appelait Europe Action for Racial Equality and Social Justice. Et nous travaillions avec des gens ici en France, d’autres en Belgique ou aux Pays-Bas, etc.</p>
<p><strong>DN</strong> : <strong>Je voudrais vous parler de l’Afrique du Sud. L’Afrique du Sud est le dernier pays au monde dans lequel on voit des Noirs se battrent pour s’exprimer dans leur pays. Nous avons entendu que le colonialisme était fini. Mais vous et moi, vous originaire de Jamaïque, moi du Congo, nous avons les mêmes problèmes dans nos pays. Est-ce que les choses vont changer toute seule pour les Noirs, ou est-ce que nous devons faire quelque chose pour nous libérer ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Sans me répéter, il n’y a pas de solution facile. C’est important pour nous de construire l’unité, l’unité entre nous. Nous avons besoin d’être informés des luttes de chacun. Nous devons utiliser des moyens comme Internet pour établir des connections et pour construire de la solidarité et décider d’actions globales qui tiennent compte de notre situation. Nous n’avons pas d’autre choix, il n’y a pas de solution facile. Nous avons traversé 400 ans de colonisation, nous avons mené les luttes de libération nationale. Et, la lutta continua.</p>
<p><strong>DN</strong> :</p>
<p><strong>LKJ</strong> : Je n’ai pas toutes les réponses aux questions que vous me posez. Il y a eu l’organisation de l’unité africaine qui n’a pas été très efficace, maintenant ils ont formé l’Organisation de l’Union Africaine, espérons que l’OUA fera quelque chose de mieux que la vieille organisation de l’Unité Africaine. Les problèmes auquel beaucoup de nos pays font face ont été solidement retranchés car le capitalisme en devenant global a affaibli l’idée de l&#8217;Etat Nation et de leur souveraineté.<br />
Les grandes multinationales dictent aux états nations ce qu’ils peuvent faire ou pas faire. C’est pour ça que des choses comme le mouvement altermondialiste est important, car en définitive, il attire notre attention sur les enjeux dont il faut se saisir.</p>
<p><strong>ND</strong> : <strong>Vous êtes un chanteur-poète et une conscience noire. A Montreuil, il y a une majorité de gens qui viennent de beaucoup d’endroits du monde. Quel serait votre message de fraternité pour eux ?</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Bien. Ce que je suis venu faire ici c’est un concert, et j’espère que les gens vont pouvoir s’identifier au contenu de ma poésie et tirer un peu de force spirituelle de toutes ces luttes que je raconte dans mes poèmes. Le conseil que je peux donner aux minorités ethniques ou aux Noirs, ou enfin à tous ceux qui luttent où qu’ils se trouvent, c’est que nous devons construire des organisations autonomes avec un programme réaliste pour mobiliser les gens sur les enjeux qui nous affectent. Laissez-moi prendre un exemple. Tous les jeunes qui ont grandi en Angleterre. La plupart des familles ont vécus dans une pièce unique. Nous avons été marginalisés, nous avons fait tout le boulot ingrat que les classes laborieuses blanches ne voulaient plus faire. Trente ou quarante ans plus tard, les choses ont changé. Nous avons des membres au Parlement, nous avons une classe moyenne, d’autres qui siègent à la chambre des Lords. Nous ne sommes plus marginalisés. Et lpour conquérir ces avancées nous avons construit des organisations indépendantes. Et nous avons engagés des luttes, et nous nous sommes battus, et nous avons fait de l’agitation jusqu’à mener des insurrections. Et si nous avons fait ces progrès c&#8217;est grâce à nos organisations autonomes et aux luttes que nous avons menées. Nous savons que ce n’est pas fini, mais enfin, notre situation est totalement différente de ce qu’elle était lorsque j’étais enfant.</p>
<p><strong>ND</strong> : <strong>Votre musique est comme un coup de poing. Comme si vous battiez quelqu’un , comme si vous faisiez passer votre message avec force. Parlez-nous du reggae et du Dub.</strong></p>
<p><strong>LKJ</strong> : Le Reggae a toujours été pour moi la musique du peuple, une musique de la conscience, de la conscience politique. Bien sûr, il y a des chansons reggae sur l’amour, les garçons et les filles, etc. mais ce qui caractérise la musique reggae c’est qu’elle a toujours été une forte protestation politique. Si je devais vous dire ce qui est unique dans la musique reggae, je dirais que les Jamaïcains qui ont créé le reggae, comme les Antillais, nous sommes des gens hybrides, nous avons mélangé la culture de nos racines africaines avec les influences européennes ou américaines, et de tout ça nous avons fait quelque de nouveau.</p>
<p>Et je voulais juste ajouter avant que de terminer, parce que la pluie est en train de tomber. Je célèbre 25 ans dans la musique reggae et je fais également la promotion de mon nouveau DVD : &nbsp;&raquo; <a href="http://www.wrasserecords.com/Linton_Kwesi_Johnson_71/Live_in_Paris_CD_131.html" target="_blank">LKJ, Live in Paris, with The Denis Bowell Dub Band</a> &laquo;&nbsp;, et je voulais que ce soit dit, ok.</p>
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		<title>Le Web 2.0, bulle ou révolution</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Apr 2009 18:37:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>David Prud'homme</dc:creator>
				<category><![CDATA[films]]></category>

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		<description><![CDATA[Le Web 2.0, bulle ou révolutionCe film a été réalisé et publié en décembre 2006 à l&#8217;occasion du salon LeWeb3. La question posée est aujourd&#8217;hui résolue. D&#8217;une part le web social est bien une révolution, d&#8217;autre part, ses principaux représentants (YouTube, Facebook, Google, Zlio, Mozilla) se portent pour la plupart très bien malgré la crise. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="tw_button" style=";float:right;margin-left:10px;"><a href="http://twitter.com/share?url=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fle-web-20-bulle-ou-revolution%2F&amp;text=Le%20Web%202.0%2C%20bulle%20ou%20r%C3%A9volution&amp;related=&amp;lang=en&amp;count=horizontal&amp;counturl=http%3A%2F%2Fwww.unpoint.com%2Fblog%2F2009%2F04%2Fle-web-20-bulle-ou-revolution%2F"  class="twitter-share-button" target="_blank" style="width:55px;height:22px;background:transparent url('http://www.unpoint.com/blog/wp-content/plugins/wp-tweet-button/tweetn.png') no-repeat  0 0;text-align:left;text-indent:-9999px;display:block;">Tweet</a></div><p>Le Web 2.0, bulle ou révolution</a>Ce film a été réalisé et publié en décembre 2006 à l&#8217;occasion du salon LeWeb3. La question posée est aujourd&#8217;hui résolue. D&#8217;une part le web social est bien une révolution, d&#8217;autre part, ses principaux représentants (YouTube, Facebook, Google, Zlio, Mozilla) se portent pour la plupart très bien malgré la crise. Donc la bulle tient le coup.</p>
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